Traverse de chemin de fer : tout savoir avant de l’utiliser

La traverse de chemin de fer fascine les jardiniers et les bricoleurs depuis des décennies. Robuste, brute, avec ce côté industriel qu’on ne fabrique pas, elle semble faite pour durer cent ans dans un jardin.

Sauf qu’elle cache un problème sérieux que beaucoup ignorent encore au moment de l’achat.

Origine et composition des traverses de chemin de fer

La traverse – ou « dormant » dans le vocabulaire ferroviaire – est la pièce horizontale posée en travers de la voie, sur laquelle reposent les rails.

Son rôle est double : maintenir l’écartement entre les deux files de rails (1 435 mm en voie normale) et répartir les charges verticales vers le ballast. Sans elle, les rails se déforment sous le poids des convois.

Les premières traverses apparaissent au début du XIXe siècle, dès les premières lignes ferroviaires britanniques.

Le bois s’impose naturellement : disponible, facile à travailler, capable d’absorber les vibrations. Les bois retenus sont exclusivement des essences dures – chêne, hêtre, robinier ou bois exotiques – capables de résister à l’écrasement sous les charges roulantes et aux variations d’humidité incessantes.

Le problème du bois, c’est qu’il pourrit. Pour prolonger sa durée de vie, les ingénieurs ferroviaires adoptent dès les années 1830 un traitement à base de créosote, une huile lourde dérivée de la distillation du goudron de houille.

Le bois en est imprégné sous pression dans des autoclaves, jusqu’à absorber plusieurs kilos de produit par traverse.

À partir des années 1970, le béton prend progressivement le relais en France. Moins sensible au pourrissement, plus homogène mécaniquement, il s’adapte bien aux voies à grande vitesse.

Aujourd’hui, le réseau ferré français mélange encore les deux matériaux, selon l’ancienneté des lignes et les contraintes d’exploitation.

Traverse en bois ou en béton : quelles différences?

Traverse de chemin de fer

Les traverses en bois restent majoritaires à l’échelle mondiale, mais en France, le béton a largement pris l’avantage sur les nouvelles poses. Les deux matériaux n’ont pas les mêmes propriétés et ne répondent pas aux mêmes besoins.

CritèreTraverse boisTraverse béton
Poids70 à 120 kg~295 kg
Durée de vie en voie20 à 30 ans40 à 60 ans
Absorption des vibrationsBonneFaible
EntretienModéréMinimal
Recyclage paysagerPossible (avec risques)Très difficile
Coût à la posePlus faiblePlus élevé

Le bois présente un avantage mécanique souvent sous-estimé : il amortit les chocs et les vibrations bien mieux que le béton.

C’est pourquoi on le conserve sur certaines lignes à fort trafic ou dans les zones où le ballast est instable. Le béton, lui, offre une géométrie de voie plus stable dans le temps et résiste mieux aux grandes vitesses.

Pour un usage paysager, la traverse bois est la seule option réellement manipulable – 100 kg, c’est déjà costaud, mais 295 kg pour le béton, c’est hors de portée sans engin de levage.

Dimensions et poids d’une traverse de chemin de fer

Les dimensions des traverses bois SNCF sont assez standardisées. Une traverse standard mesure 260 cm de long × 25 cm de large × 15 cm d’épaisseur. Les traverses européennes oscillent entre 2,30 m et 2,60 m selon les réseaux et les générations de pose, avec une largeur comprise entre 250 et 270 mm et une épaisseur de 140 à 160 mm.

Si vous vous demandez quelle est la largeur d’une traverse de chemin de fer pour planifier un escalier ou une bordure, retenez 25 cm comme valeur de référence pour les traverses SNCF standard. Les lots anciens peuvent être un peu plus étroits – autour de 22 à 23 cm – ce qui peut changer vos calculs d’agencement.

Côté poids, une traverse en chêne aux dimensions 2 600 × 250 × 150 mm pèse environ 102 kg. La fourchette globale pour le bois va de 70 kg pour les modèles légers à 120 kg pour les plus épais en essence lourde. Prévoyez deux personnes minimum pour la manutention, voire un diable de chantier sur terrain plat.

La traverse béton SNCF modèle M240NP mesure 2 260 × 300 × 195 mm pour un poids de 295 kg. Autant dire qu’un travail de terrassement sérieux est nécessaire dès qu’on envisage de les déplacer ou de les intégrer dans un aménagement extérieur.

En pratique, les traverses béton récupérées restent surtout l’affaire des professionnels du paysage équipés.

Quelle est la durée de vie d’une traverse de chemin de fer?

Traverse de chemin de fer avis coût

En voie ferrée, une traverse en bois tient 20 à 30 ans avant d’être déposée. Le pourrissement progressif du bois sous l’effet de l’humidité, des chocs mécaniques répétés et du gel finit par compromettre la fixation des rails. La dépose est alors systématique, même si la pièce semble encore solide en apparence.

En usage paysager, le calcul change. Une traverse en chêne non traité, posée dans de bonnes conditions de drainage, peut atteindre 40 ans de durée de vie selon les spécialistes du négoce bois.

La clé, c’est l’aération : une traverse en contact permanent avec un sol humide et sans drainage va pourrir en 10 à 15 ans. La même, posée sur un lit de gravier avec les faces exposées à l’air, peut tripler cette durée.

Le béton, lui, dure nettement plus longtemps – entre 40 et 60 ans en voie, avec un entretien quasi nul. En usage paysager statique, la durée de vie est théoriquement illimitée si la pièce n’est pas soumise à des efforts mécaniques importants.

La créosote rend-elle les traverses de chemin de fer toxiques?

C’est le point sur lequel beaucoup de projets jardin déraillent – et à juste titre. La créosote est utilisée pour imprégner les traverses en bois depuis les années 1830.

Ce traitement sous pression permet d’injecter une huile lourde de goudron de houille profondément dans les fibres du bois, le rendant imperméable aux champignons et aux insectes.

Le problème, c’est ce que contient cette huile. La créosote est classée substance cancérogène génotoxique et reprotoxique avérée, notamment en raison de sa teneur en hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) comme le benzo(a)pyrène. Ces composés migrent lentement depuis le bois vers le sol et l’eau sur toute la durée de vie de la traverse.

Une traverse imprégnée contient environ 15 kg d’huile de goudron. Pendant ses 25 ans d’utilisation en voie ferrée, elle en libère environ un tiers dans l’environnement. Autrement dit, une traverse déposée après 25 ans contient encore environ 10 kg de créosote résiduelle, susceptibles de continuer à migrer une fois reposée dans votre jardin.

Face à ces constats, la réglementation a évolué. Dès 2008, RFF (Réseau Ferré de France) a interdit la revente de ces traverses aux particuliers. L’interdiction a été étendue aux professionnels dès 2009. Depuis 2019, la commercialisation de bois ou de traverses paysagères traités à la créosote est interdite en France.

Où récupérer des traverses de chemin de fer?

Traverse de chemin de fer avis

La question revient souvent, et la réponse honnête est que les filières légales se sont considérablement réduites. Depuis l’interdiction de 2008, la SNCF ne vend plus ses traverses déposées aux particuliers.

Les lots qui circulent encore proviennent de stocks anciens, de rachats professionnels antérieurs à 2009, ou de marchés qui opèrent dans une zone grise réglementaire.

Voici les sources encore actives selon les régions :

  • Revendeurs spécialisés bois et aménagement extérieur : certains proposent des traverses dites « paysagères » neuves, traitées par d’autres procédés que la créosote. Vérifiez le certificat de traitement avant tout achat.
  • Négoces bois : quelques négoces proposent encore des lots de traverses récupérées antérieures à l’interdiction. La traçabilité est rarement parfaite.
  • Déchetteries : l’acceptation est variable selon les collectivités. Certaines refusent catégoriquement les traverses créosotées (classées déchet dangereux), d’autres les acceptent en benne bois. Téléphonez avant de vous déplacer.
  • Particuliers sur sites d’annonces : les lots circulent, mais vous achetez sans garantie sur la teneur en créosote résiduelle.

En pratique, si vous trouvez des traverses à un prix très bas, il y a de fortes chances qu’elles soient créosotées et issues d’une dépose ferroviaire. À vous de mesurer le risque selon l’usage prévu.

Quel est le prix d’une traverse de chemin de fer?

Les prix varient beaucoup selon le type, l’état et la source. Voici une fourchette réaliste pour budgéter votre projet :

TypeÉtatPrix indicatif (l’unité)
Traverse bois créosotée récupéréeOccasion, dépose SNCF10 à 25 €
Traverse bois paysagère neuve (non créosotée)Neuf, traitement autoclave35 à 65 €
Traverse chêne naturel non traitéNeuf45 à 80 €
Traverse béton récupéréeOccasion20 à 50 € (hors transport)

Le transport pèse lourd dans le budget. Une traverse bois de 100 kg ne se met pas dans le coffre d’une berline, et la livraison de plusieurs pièces sur palette revient facilement à 80-150 € supplémentaires.

Anticipez ce coût, surtout si vous commandez en ligne auprès d’un négoce bois distant. Les traverses créosotées bon marché peuvent sembler attractives pour border un massif ou construire un escalier extérieur.

Mais si vous prenez en compte les restrictions d’usage (pas de potager, pas de zone de jeux) et les coûts d’élimination futurs, le rapport qualité-prix des alternatives saines est souvent meilleur sur la durée.

Quoi faire avec des traverses de chemin de fer dans le jardin?

Traverse de chemin de fer avis installation

Malgré les contraintes, les traverses restent très demandées pour l’aménagement extérieur. Leur masse, leur aspect brut et leur durabilité en font un matériau de choix pour certains usages. Voici ce qu’on en fait concrètement :

  • Bordures de massifs et plates-bandes : posées à plat ou légèrement enterrées, elles délimitent les zones de plantation avec un rendu naturel. Attention à ne pas les utiliser autour d’un potager si elles sont créosotées.
  • Escaliers extérieurs : les traverses forment des marches robustes pour déniveler un terrain. Chaque marche pèse son poids – prévoyez un ancrage sérieux et des surfaces antidérapantes sur les replats pour éviter les accidents par temps humide.
  • Murets de soutènement : empilées et chevillées, elles retiennent efficacement des terres sur des dénivelés de 50 à 80 cm. Au-delà, un calcul de poussée des terres s’impose.
  • Clôtures et palissades : debout en pieux ou en lames horizontales, elles structurent l’espace avec un style industriel assumé.
  • Mobilier de jardin : bancs, tables basses, supports de bacs à fleurs – les assemblages massifs en traverses sont solides mais difficiles à déplacer une fois posés.

Pour un escalier extérieur taillé dans des traverses, comptez environ 3 à 4 pièces par mètre de dénivelé pour des marches de 15 à 17 cm de hauteur. L’aspect est brut, le rendu robuste – c’est précisément ce que les amateurs de ce matériau recherchent.

Les traverses de chemin de fer récupérées restent risquées pour un usage domestique

Poser une traverse créosotée dans un jardin de particulier, c’est introduire un diffuseur lent de substances classées cancérogènes dans un espace de vie. Les HAP contenus dans la créosote migrent par contact direct, par lessivage vers le sol et par volatilisation par temps chaud.

Les situations à risque élevé sont claires : un potager où les traverses jouent le rôle de bordures (les HAP migrent vers les légumes-racines), une aire de jeux pour enfants (contact cutané fréquent sur bois chaud en été), ou tout espace où les personnes s’assoient ou marchent pieds nus à proximité.

La libération de goudron est visible à l’oeil nu en été : la surface de la traverse suinte, colle légèrement, dégage une odeur caractéristique. Ce phénomène confirme que la migration des composés toxiques est bien active, même sur des pièces anciennes ayant déjà passé 20 ans en voie ferrée.

La réglementation en vigueur est sans ambiguïté. L’interdiction de commercialisation depuis 2019 ne vise pas à compliquer la vie des jardiniers : elle reflète une évaluation scientifique du risque sanitaire. Si vous possédez déjà des traverses créosotées dans votre jardin, vérifiez leur localisation par rapport aux zones de culture alimentaire et de jeux.

Par quoi remplacer une traverse de chemin de fer?

Traverse de chemin de fer alternatives

Les alternatives existent, elles ont chacune leurs avantages, et certaines tiennent mieux que des traverses créosotées sur le long terme. Le choix dépend de votre usage et de votre budget.

  • Bois traité en autoclave classe 4 : traitement aux sels de cuivre sous pression, sans HAP. Adapté au contact avec le sol. Coloris verdâtre caractéristique. Prix comparable aux traverses neuves non créosotées, soit 40 à 70 € par pièce aux dimensions proches.
  • Robinier non traité : essence naturellement très durable (classe 1 d’utilisation en extérieur). Aucun traitement chimique, durée de vie de 25 à 40 ans en extérieur. Disponible chez les scieurs spécialisés. Plus cher, autour de 60 à 100 € la pièce en section proche d’une traverse.
  • Béton architectonique : imitation traverse, aspect béton brut, résistant au gel. Léger comparé aux traverses béton ferroviaires. Option propre pour les bordures et revêtements extérieurs.
  • Pierre reconstituée : durable, esthétique, zéro entretien. Coût plus élevé mais durée de vie quasi illimitée.
  • Acier Corten : bordures en acier autopatinant, look industriel contemporain. Résistant à la corrosion sur plusieurs décennies. S’adapte aux courbes, contrairement au bois. Idéal pour délimiter massifs et escaliers avec un rendu moderne.

Pour une bordure de massif ou un escalier extérieur, le robinier reste l’alternative la plus proche esthétiquement d’une traverse bois – même teinte chaude, même aspect massif, sans les contraintes toxicologiques.

Pour un muret de soutènement, le béton architectonique ou la pierre reconstituée offrent une tenue mécanique supérieure sur le long terme.

Comment éliminer une vieille traverse de chemin de fer?

Se débarrasser d’une traverse créosotée est plus compliqué que de s’en procurer une. Les traverses traitées à la créosote sont classées déchets dangereux selon la réglementation européenne.

Ce classement implique un circuit d’élimination spécifique – on ne jette pas une traverse créosotée dans une benne tout-venant.

En déchetterie, l’acceptation dépend entièrement de la politique de la collectivité locale. Certaines ont mis en place une benne dédiée aux bois traités dangereux ; d’autres refusent catégoriquement et vous orientent vers des filières spécialisées. Appelez toujours avant de vous déplacer avec 100 kg de bois créosoté sur votre remorque.

Les filières spécialisées acceptent les traverses créosotées pour les traiter thermiquement dans des incinérateurs agréés. Le coût de cette élimination est rarement nul – comptez 50 à 150 € par tonne selon les prestataires et les régions.

Une règle absolue : il est interdit de brûler des traverses créosotées. La combustion libère des dioxines et des HAP dans l’atmosphère en quantités dangereuses pour la santé. Même dans un feu de jardin ou une cheminée, c’est un risque sanitaire réel et une infraction passible de sanctions.

Pour donner l’échelle du problème, selon les estimations du gouvernement français, environ un million de traverses sont déposées chaque année par la SNCF sur l’ensemble du réseau.

Cette masse de déchets dangereux alimente un marché gris difficile à contrôler – et explique pourquoi on en trouve encore facilement malgré les interdictions successives.

Une traverse de chemin de fer, c’est 25 ans d’histoire ferroviaire condensés dans 100 kg de bois imprégné.

Beau matériau, sans doute – mais qui porte aussi avec lui 10 kg de créosote résiduelle prêts à migrer dans votre sol pendant les 20 prochaines années. Choisissez votre alternative en connaissance de cause.