Le zinc fond à 419°C – une température que votre chalumeau dépasse largement en quelques secondes. Pourtant, des milliers de zingueurs l’assemblent quotidiennement sans jamais atteindre ce seuil. Le secret tient à une distinction technique que beaucoup ignorent au départ.
Brasage tendre : ce qu’on appelle vraiment souder du zinc
Quand un professionnel dit qu’il « soude du zinc », il pratique en réalité un brasage tendre – deux opérations très différentes. Dans une soudure classique, le métal de base fond et se mélange à l’apport. Dans le brasage tendre, le zinc de base ne fond jamais : on dépose un alliage d’apport à plus basse température qui adhère sur la surface chauffée.
Cette distinction n’est pas que sémantique. Elle conditionne tout votre réglage de chalumeau, votre choix de baguette, et la sécurité de l’opération. Dépasser le point de fusion du zinc, même brièvement, produit des fumées d’oxyde de zinc blanches et âcres – dangereuses pour les voies respiratoires.
Le principe : vous chauffez la pièce en zinc juste assez pour que le métal d’apport, posé contre la surface, fonde au contact et mouille la zone de jonction. C’est la capillarité et l’adhérence qui assurent la liaison, pas la fusion du support.
Quelle température pour souder le zinc?

La plage de travail recommandée se situe entre 250 et 300°C, soit bien en dessous du point de fusion du zinc pur à 419°C. RHEINZINK, fabricant de référence sur le marché européen, préconise officiellement une température de brasage autour de 250°C pour ses produits.
L’étain, métal d’apport le plus courant, fond à environ 230°C. Cela vous laisse une fenêtre de travail confortable : la baguette coule correctement, et le zinc de base reste solide. Si vous dépassez les 350-380°C, le zinc commence à se ramollir et à se déformer avant même d’atteindre son point de fusion.
Au-delà de 419°C, le zinc s’évapore directement et produit des fumées d’oxyde de zinc. Ces vapeurs blanches ne sont pas anodines : une exposition prolongée provoque ce qu’on appelle la « fièvre des fondeurs » – frissons, maux de tête, nausées pendant 12 à 24 heures.
Vous n’avez aucune raison d’y être exposé si vous contrôlez votre temperature de travail.
Quel chalumeau et quels métaux d’apport choisir?
Pour le chalumeau, le chalumeau butane de plomberie est le choix adapté – pas le chalumeau oxy-acétylène. Ce dernier monte à des températures beaucoup trop élevées et produit une flamme difficile à doser sur une surface aussi réactive que le zinc.
Le chalumeau butane ou propane délivre une flamme plus douce, que vous pouvez éloigner facilement pour réguler l’apport de chaleur.
Pour les baguettes d’apport, voici les options courantes :
- Étain/plomb 40/60 – le choix des zingueurs professionnels pour le zinc neuf, trajet de fonte entre 183°C et 235°C, facile à travailler
- Étain/plomb 50/50 – trajet de fonte entre 183°C et 216°C, légèrement plus fluide, apprécié pour les détails fins
- Alliages sans plomb (type SnZn 801) – conformes à la norme NF EN ISO 9453, développés notamment par RHEINZINK, mais ils fondent à plus haute température et demandent plus de maîtrise
Un critère souvent oublié : la faible teneur en antimoine. Selon NedZink, fabricant néerlandais spécialisé, l’antimoine crée une liaison granuleuse et élargit la plage de fusion de l’alliage – ce qui rend le brasage imprévisible.
Vérifiez la composition de vos baguettes avant d’acheter, surtout pour les produits bas de gamme en grande surface.
Peut-on souder du zinc avec de l’étain seul?

L’étain pur adhère bien sur le zinc et fond à 230°C, ce qui le place dans la bonne plage de température. Pour une réparation de fortune sur une petite surface, ça tient. Mais en pratique, les zingueurs ne l’utilisent pas seul, pour une raison simple : l’étain pur a une résistance mécanique faible et une tendance à la fatigue sous les cycles thermiques répétés.
Le zinc d’une toiture ou d’une gouttière subit des variations de temperature importantes – entre -10°C l’hiver et +60°C en été sur une surface exposée au soleil. Un joint à l’étain pur risque de craqueler sur le long terme. Les alliages étain/plomb ou étain/zinc offrent une meilleure résistance à ces contraintes mécaniques.
Pour du zinc ancien déjà oxydé, l’étain seul adhère encore moins bien car il mouille difficilement une surface patinée. Dans ce cas, les alliages avec flux intégré ou l’utilisation d’un flux d’acide chlorhydrique dilué avant brasage deviennent nécessaires.
Comment souder une gouttière en zinc au chalumeau?
La réparation ou l’assemblage d’une gouttière en zinc au chalumeau suit une procédure précise. Voici les étapes dans l’ordre :
- Nettoyage et décapage – poncez la zone à braser avec du papier de verre grain 80-120, puis dégraissez à l’acétone ou au flux décapant
- Positionnement des pièces – prévoyez un recouvrement minimal de 5 cm pour chaque emboîtement ou raccord, c’est le minimum pour une jonction étanche
- Préchauffage de la zone – chauffez progressivement la surface en zinc avec la flamme en mouvement, sans vous arrêter sur un point fixe
- Dépôt du métal d’apport – approchez la baguette de la surface chauffée (pas de la flamme) ; quand elle fond au contact du zinc, faites glisser la baguette en suivant le joint
- Refroidissement naturel – laissez refroidir à l’air sans souffler ni arroser d’eau froide, sous peine de créer des tensions internes dans le joint
Une erreur fréquente : pointer la flamme directement sur la baguette. C’est le zinc qui doit être chaud, pas la baguette. Si vous chauffez la baguette directement, le métal d’apport coule avant que le support soit à temperature, et la liaison n’accroche pas correctement.
Souder du zinc ancien : précautions spécifiques

Le zinc ancien patiné se comporte très différemment du zinc neuf. Sa surface est recouverte d’une couche de carbonate de zinc grisâtre – cette patine naturelle qui protège le métal mais empêche toute adhérence directe d’un métal d’apport. Vous devez l’éliminer avant de braser.
Commencez par gratter mécaniquement avec une brosse métallique ou du papier abrasif jusqu’à retrouver le métal brillant. Appliquez ensuite un flux décapant – en général un flux à base d’acide chlorhydrique dilué – sur toute la zone de travail. Ce flux dissout les oxydes résiduels et favorise le mouillage de la baguette d’apport.
Le zinc ancien est aussi souvent plus fragile et peut présenter des micro-fissures. Chauffez encore plus progressivement qu’avec du zinc neuf, et surveillez tout ramollissement inattendu qui signalerait une zone déjà fragilisée.
Si la pièce est trop dégradée, un remplacement de section reste préférable à une série de reprises de brasage.
Dilatation, sécurité et erreurs à éviter pour un résultat durable
Le zinc se dilate d’environ 2,2 mm par mètre pour une variation de 100°C. Sur une gouttière de 10 mètres exposée à des écarts de 70°C entre hiver et été, ça représente plus de 15 mm de mouvement. Prévoir des joints de dilatation tous les 12 à 15 mètres est une règle de pose, pas une option.
Sur la sécurité, les fumées d’oxyde de zinc exigent une protection sérieuse. Lors d’un raccordement électrique ou de tout travail technique en espace confiné, on pense souvent aux risques électriques – pour le brasage du zinc, le risque respiratoire est tout aussi réel.
Travaillez en extérieur ou dans un espace très ventilé, portez un masque FFP2 minimum, et si vous intervenez sur une grande surface, un demi-masque à cartouche filtrante pour vapeurs métalliques est recommandé.
Les erreurs les plus fréquentes chez les débutants :
- Flamme trop proche et trop longtemps sur le même point – le zinc brûle avant que vous l’ayez compris
- Surface mal décapée – le métal d’apport roule sans accrocher, comme de l’eau sur une surface huilée
- Baguette touchée par la flamme directement – l’apport fond dans le vide sans adhérer au support
- Refroidissement forcé à l’eau – les contraintes thermiques fragilisent immédiatement le joint
Un joint de brasage bien réalisé, sur un zinc correctement préparé, dure aussi longtemps que le matériau lui-même. C’est précisément pour ça que les toitures en zinc brasé du XIXe siècle sont encore en service aujourd’hui sur de nombreux immeubles haussmanniens.